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Neuf Sapeurs-Pompiers du Nord en mission à Haïti

Deux délégations de Sapeurs-Pompiers du Nord, soit 9 hommes, ont été envoyées à Haïti pour prêter main forte après le puissant séisme qui a frappé le pays. Ces deux missions se sont déroulées du 14 janvier au 15 février.

Mardi 12 janvier 2010, aux environs de 17 heures, un puissant séisme dévaste Haïti. Les victimes de ce tremblement de terre se comptent par milliers, les dégâts sont immenses. Quelques jours plus tard, les premiers secours arrivent. 

A son arrivée sur les lieux de la catastrophe, le 16 janvier, l’équipe d’urgence composée de 70 Sapeurs-Pompiers français, parmi lesquels les Médecins-Commandants Didier BRIEMANT et Valery LECOEUVRE (respectivement affectés au Groupement Territorial n°2 et n°4) découvre un pays dévasté. Tout était par terre, il y a des cadavres partout, des éboulements, des bras, des jambes sortant des décombres. Sur place, le chaos règne. Malgré l’horreur de ces premières images, il faut vite s’organiser. Cette mission est destinée à apporter les premiers secours. Les deux médecins investissent l’hôpital de Diquini, à l’ouest de Port-au-Prince. Valéry LECOEUVRE explique : « 500 à 600 personnes nous attendaient sur la pelouse devant l’hôpital, dont la moitié d’enfants. On était les premiers secours qu’ils voyaient. Personne n’avait été soigné, beaucoup souffraient de fractures, avaient des bras arrachés. Certains s’étaient amputés eux-mêmes pour se dégager des décombres. » Les deux hommes sont marqués par l’état psychologiques des soignants locaux, « totalement abasourdis sans moyen ni logistique ».

Les deux médecins vont s’adapter et faire avec les moyens du bord. La première obligation dans une telle situation, est de s’organiser. Sur une pelouse dans la cour, ils montent un hôpital d’urgence. « On a endormi les gens avec des antalgiques pour réduire les fractures. On avait de nombreuses plaies ouvertes. On a inventé des atèles avec du carton et du plâtre », explique Valéry LECOEUVRE.

Au total, les deux médecins nordistes auront fait près de 2500 soins. « Les gens apprenaient qu’on soignait à Diquini. Chaque jour, il y avait 130 à 160 nouveaux patients », ajoute Didier BRIEMANT. Bien que le but premier de cette mission était d’apporter les premiers secours, il s’agissait également de commencer à préparer l’après catastrophe en impliquant au maximum les médecins locaux et les ONG. Malgré l’ambiance chaotique, il y a tout de même eu quelques moments de bonheur. « On a eu neuf accouchements, raconte Valéry LECOEUVRE. L’un des nouveaux nés a été prénommé Miracle ». De même, grâce à la bonne coordination de la Sécurité Civile, la plupart des blessés ont pu être sauvés.

Un second détachement débarque à Haïti le 2 février

Une fois rentré en métropole, les deux hommes ont été relayés sur le terrain par sept autres Sapeurs-Pompiers nordistes. Le mardi 2 février, le Médecin-Commandant Pierre-Marie CRETEUR (CIS   Bourbourg), le Médecin-Capitaine Yannick CAREMELLE (CIS   Marcoing), l’infirmier Sébastien DUSEAU (Groupement Territorial n°2), les infirmiers d’encadrement Thierry KEIRLE (SSSM) et Pascal DUPEZ (Groupement Territorial n°4) et les deux équipiers secouristes, le Lieutenant Patrick BOULEN (CIS   Lille-Bouvines) et le Sergent-Chef Alban DUHAUT, ont débarqué à Haïti. « Quand on est arrivé, le premier soir, on a cru débarquer dans une ville en guerre », estime Patrick BOULEN.

La première semaine, après avoir évalué les besoins dans tous les hôpitaux et les crèches, une partie de la délégation a consolidé les moyens mis en place et installé un poste médical avancé (PMA) au niveau de l’ambassade. Pour signifier la présence du SDIS du Nord, les hommes du détachement avaient confectionné avec les moyens du bord, une pancarte sur laquelle était inscrit « PMA offert par le SDIS 59, le 5 février 2010. » Une manière de signifier l’engagement et l’investissement du département du Nord dans cette mission humanitaire. « Nous étions fiers de représenter non seulement la France et le Nord mais aussi ces valeurs de dévouement et de solidarité », avoue Pierre-Marie CRETEUR. Pendant ce temps, les autres membres de la délégation ont participé au déblaiement des décombres de l’Hôtel Montana et ont secouru des dizaines d’enfants abandonnés dans un orphelinat de Leogane, à l’ouest de la capitale haïtienne.

La deuxième semaine, en collaboration avec les Sauveteurs étrangers ou du SAMU, les Sapeurs-Pompiers sont affectés dans deux hôpitaux, à Diquini et à Port-au-Prince, ou plutôt dans les jardins de ces hôpitaux dans lesquels ont été improvisés des urgences de fortune. Sur place, 500 à 600 patients sont pris en charge. « Il y avait une queue impressionnante de gens à soigner. Les gens ont été soignés sans anesthésiant. Je vois encore cet enfant qui avait le bras fracturé depuis trois semaines et qui ne s’est jamais plaint », confie Yannick CAREMELLE.

De leur mission à Haïti, les 9 Sapeurs-Pompiers garderont en mémoire ces conditions de vie et d’hygiène difficiles (une douche pour 700 personnes, mygales dans le campement), ces journées éprouvantes (chaleur, humidité), ces problèmes de communication téléphonique avec les proches pour la première mission, ces images de chaos, ce climat d’insécurité et ces tirs nocturnes. Les Sapeurs-Pompiers reconnaissent à l’unanimité que l’unité, l’entraide et la solidarité nées entre les secouristes les a rendu plus fort. « C’est ça qui nous a permis de tenir le coup », estime Patrick BOULEN.

Accueillis comme des sauveurs par les haïtiens, les membres de la délégation sont rentrés en France, le 15 février, après un sas de décompression en Martinique. Mais ils ne sont pas près d’oublier ce séjour au milieu d’une population si digne et courageuse. « A notre arrivée, on apercevait des femmes balayant les trottoirs, des commerces commençant à s’ouvrir. Durant notre deuxième semaine sur place, l’électricité était de nouveau présente, il y avait des marchés quotidiens, la vie a repris son cours. » De cette mission, ils n’oublieront pas non plus ces visages, ces sourires, ces gestes, ces anecdotes. « Je vois encore ce visage d’enfant, une larme sur son visage que l’on emmène au post opératoire pour y être amputé d’une jambe », raconte Pierre-Marie CRETEUR. Yannick CAREMELLE n’oubliera pas cet épisode dans un orphelinat à 45 kms de Port-au-Prince. « Nous avons découvert 26 enfants en déshydratation depuis deux jours. J’ai porté à la bouche de l’un d’entre eux un verre d’eau. Il en a bu la moitié et a tendu l’autre à son voisin. C’est un geste qui m’a marqué ». Thierry KEIRLE se souviendra, lui, toujours avec émotion de cet enfant qui lui a tapé la main après un soin ou de cette Marseillaise interprétée par des gamins de 5 à 8 ans et des larmes de « ces grands gaillards de gardes nationaux » qui avaient escorté les Sapeurs-Pompiers. 

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